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Désinformation de rexecode sur les 35 heures


Nos suprêmes autorités sont conseillées au plan économique par un organisme proche du Medef, le Coe-Rexecode-Centre d’Observation Economique et de Recherches pour l’Expansion de l’Economie et le Développement des Entreprises.

Le dernier document de travail  qui en est issu traite des “Tendances de l’emploi en France et en Europe à la mi 2008″

Puisque la pétillante  Ministre de l’économie (Christine Lagarde) et notre hyper Président vont utiliser cette étude pour justifier les réformes de la rentrée, jetons y un oeil critique.

La principale conclusion des auteurs est la suivante: la France crée bien plus d’emplois depuis que la durée de travail augmente et il convient d’améliorer la “réactivité” de notre économie en diminuant la part des emplois publics et aidés et en flexibilisant le marché du travail.

Tout ceci est démontré avec force chiffres, graphiques, tableaux…

Nous applaudissons à deux mains ce travail statistique mais nous remarquons que les chiffres démentent les conclusions hatives des auteurs. Il est possible de construire un discours inverse  à partir de leurs propres données!

1. Les 35 heures ont été mises en oeuvre alors que la France travaillait “trop”

Avant la mise en oeuvre des 35 heures, soit au milieu des années 90, le salarié français travaillait plus que la moyenne européenne (p.12). Que la France était vaillante alors.. et pourtant cette période correspondait à un chômage record (environ 12% de la population active)

2. La période de mise en oeuvre des 35 heures (1999-2002) a amélioré le contenu en  emploi de la croissance.

De quoi s’agit-il? On désigne par ”contenu en emploi de la croissance” la façon dont les créations d’emploi réagissent à  l’activité économique. Par exemple, en 2007, lorsque le PIB augmente de 1%, l’emploi progresse de 0,6 %. Le contenu en emploi de la croissance est de 0,6.

Avant les 35 heures, la croissance ne créait pas d’emplois parce que les entreprises pouvaient produire plus à effectifs constants en allongeant la durée de travail ou en accroissant les rendements.  Soit un contenu en emploi de 0 (cf graphique p.7)

Entre 1998 et 2002 : le contenu en emploi de la croissance se redresse à 0, 7 Les 35 heures ont encouragé l’embauche de salariés supplémentaires ou sauvé de nombreux  emplois. La croissance était forte et la productivité par tête diminuait.

2002-2006 effondrement du contenu en emploi de la croissance (0,2) …alors que la durée de travail augmente consécutivement à la loi Fillon de 2003.

2007 : amélioration du contenu en emploi de la croissance alors que la croissance repart à la hausse (jusqu’à la mi 2007) et que la productivité recule de façon paradoxale comme nous en discuterons plus bas.

Les auteurs confrontés à ces chiffres se livrent à une contorsion intellectuelle confondante:

Citons les : “Le paradoxe est que le contenu en emploi de la croissance avait nettement diminué en France après la mise en oeuvre des « 35 heures». Il est remonté en 2007 et revient dans la tendance européenne.”

Le paradoxe est plutôt de ne pas comprendre qu’”après la mise en oeuvre des 35 heures”….ce n’est déjà plus la période des 35 heures puisque dès 2003 les horaires travaillés augmentent en moyenne.

Quelle logique! imaginons un boom économique depuis l’arrivée de l’actuelle majorité, les économistes précis de Rexecode auraient-il trouvé là un effet des 35 heures? on en doute….

3. Ce qui importe ce n’est pas de travailler “plus” mais “mieux”
 
Rexecode constate que la productivité du travail connait un ralentissement sans s’en inquiéter outre mesure. Or c’est assez grave car cela indique que l’augmentation des horaires annuels ne permet même plus de maintenir le rendement de chaque salarié. Ceci peut  signifier que l’appareil productif vieillit, que les méthodes et les conditions de travail sont à revoir, que l’on use la main d’oeuvre et qu’il faut soutenir l’investissement.

4. D’autres études montrent que la remise en cause des 35 heures menace l’emploi

Dès juillet 2007 les économistes de l’Office Français des Conjonctures Economiques (OFCE) ont estimé les conséquences du “choc fiscal” de 2007 dont la défiscalisation des heures supplémentaires est un axe fort.

A moins d’une généralisation de la flexibilité des horaires de travail, on pourrait assister d’ici  5 ans à une destruction de 150 000 à 300 000 emplois suite à la mesure phare du “paquet fiscal”.

5 août 2008 - Aucun commentaire
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Travailler plus, est-ce bien raisonnable?

la_linea_soundtrack   Thierry Desmarest, Président du conseil d’administration de Total conteste la “maturité” économique de ses concitoyens. Dans un article paru dans les les Echos du samedi 21 juin (”Les Français se racontent des fables”), il qualifie l’attachement aux 35heures de comportement schizophrène car les français “savent au fond d’eux mêmes que la seule façon de gagner durablement du pouvoir d’achat est de travailler plus dans des entreprises plus compétitives”. CQFD.

Sur quels arguments se fonde cette intime conviction? Un seul: contrairement à un idée reçue, les gains de productivité seraient trop faibles pour compenser le coût des 35heures. On surestimerait amplement la productivité française qui pour une part importante résulterait du faible taux d’emploi des jeunes ainsi que des seniors. L’argument est connu mais résiste-t-il à l’analyse?

Renaud Bourlès et Gilbert Cette, ont publié en juin 2006 une étude consacrée à l’évolution de la productivité des principaux pays industrialisés relativement à celle des Etats-Unis. Leur démarche consiste à neutraliser l’impact des différences de comportement d’emploi sur les rendements horaires. Par exemple, dans le cas de la France, ils estiment la productivité horaire qui serait la notre avec un taux d’emploi et une durée du travail identiques à ceux des Etats-Unis.

- La France conserve une avance confortable (de l’ordre de 17% de productivité horaire supplémentaire) par rapport à ses principaux partenaires commerciaux de la zone euro.

-Depuis 10 ans, on peut regretter la dégradation de la productivité française par rapport aux Etats-Unis mais cela ne prouve pas qu’il faut travailler plus puisque les chiffres sont obtenus justement dans la situation fictive où nous adopterions les normes américaines de mobilisation de la main d’oeuvre. Dans le meilleur des cas, travailler plus ne changerait rien.

On le voit, s’il faut chercher un point de croissance ce n’est pas par la “sudation” (travailler plus) mais plutôt par “l’inspiration” (travailler mieux) Or c’est l’inverse que fait ce Gouvernement qui s’échine à réduire les subventions publiques à la formation du capital humain (réduction du nombre d’enseignants, diminution de l’impôt sur le revenu…)

Pour mettre des mots sur cette allergie gouvernementale vis-à-vis des lois Aubry, avançons une hypothèse “culturelle”: En 1998, appliquer les 35 heures revenait à prendre pour référence les horaires pratiqués dans le secteur tertiaire non marchand par des fonctionnaires le plus souvent de sexe féminin. Un véritable affront à l’imaginaire libéral-conservateur.