Jacques et Michel - Les immigrés choisis
Cette pastille colorée signalera chaque billet de réaction aux dernières sorties des deux zéconomistes médiatiques, Jacques Marseille et Michel Godet.
Le Professeur Michel Godet est intervenu le 20 avril 2008 dans les colonnes de La Tribune pour nous révéler des réalités sur l’immigration (”L’immigration dévoilée“), suscitant une réaction bien sentie dans le Nouvel Observateur du 9 mai .Après avoir “démontré” que la présence étrangère sur notre sol est plus importante que ne laissent supposer les statistiques officielles et contribue fortement à la natalité française, il se demande si , au vue son origine africaine, ce supplément de population là est bien utile au pays. En effet, il souligne les difficultés scolaire et professionnelle des jeunes d’origine maghrébine qui contrastent avec les bons résultats des jeunes d’origine portugaise. Après avoir soupiré ( ”dommage que “les Français ne soient pas d’origine portugaise” ) il apporte sa contribution au concept d’immigration choisie et préconise de faire venir en France… des Brésiliens, à l’instar de l’Espagne. Pourquoi? parce qu’on peut trouver “tous les Brésiliens que l’on en veut ” alors “qu’il n’ y a plus de Portugais“ , parce qu’ils considèrent l’Europe comme leur “deuxième patrie” et sont catholiques (”Il n’y aura même pas d’églises à construire puisque les nôtres sont à moitié vide“) Sacré Michel va…on comprend le sens caché du titre de l’article “l’immigration dévoilée”.
Loin de ces rodomontades, les analyses consacrées au parcours des jeunes issus de l’immigration portugaise décrivent le contexte économique et social particulier dont ils ont pu bénéficier. On peut se reporter par exemple aux récents travaux de Yaël Brinbaum et Patrick Werquin qui soulignent l’existence de réseaux d’entraide et de solidarité qui font défaut aux enfants d’origine maghrébine (pères beaucoup moins exposés au chômage, mère plus souvent active…)
Dans le même esprit, il nous semble que l’article d’Albano Cordeiro (CNRS) mérite également l’attention. Selon lui, c’est la construction d’” une forme de vie communautaire à travers, entre autres, ses associations, à l’abri du regard des Français, et de s’investir dans la vie professionnelle (BTP, services aux particuliers) où ils entretiennent des réseaux de solidarité, les réseaux (Portugais-Portugais, Portugais-Français) qui sont l’une des explications d’un taux de chômage inférieur à celui des actifs français“
Tout ceci n’aurait pas été possible en l’absence d’ un contexte très favorable, ce qu’il nomme le ”paratonnerre maghrébin” : au cours des années soixante-dix, la montée du racisme anti-Magrhébins a protégé la communauté portugaise des foudres de l’opinion publique et leur a permis de s’intégrer.
Le Professeur Godet devrait relire son article dans cette perspective et se demander dans quelle mesure le ton qu’il adopte n’aggrave pas la situation des jeunes dont il instrumentalise les difficultés plus qu’il ne les explique.
Faire un tri géographique parmi les immigrés afin de choisir les plus “utiles” ne risque-t-il pas d’exposer les nouveaux venus d’Amérique Latine aux exactions que l’on observe actuellement en Espagne? …mais aussi d’aggraver encore plus les difficultés des jeunes d’origine marghébine qui ,bien que non immigrés, se verront très officiellement affublés du statut d’indésirables?
