Travailler plus, est-ce bien raisonnable?
Thierry Desmarest, Président du conseil d’administration de Total conteste la “maturité” économique de ses concitoyens. Dans un article paru dans les les Echos du samedi 21 juin (”Les Français se racontent des fables”), il qualifie l’attachement aux 35heures de comportement schizophrène car les français “savent au fond d’eux mêmes que la seule façon de gagner durablement du pouvoir d’achat est de travailler plus dans des entreprises plus compétitives”. CQFD.
Sur quels arguments se fonde cette intime conviction? Un seul: contrairement à un idée reçue, les gains de productivité seraient trop faibles pour compenser le coût des 35heures. On surestimerait amplement la productivité française qui pour une part importante résulterait du faible taux d’emploi des jeunes ainsi que des seniors. L’argument est connu mais résiste-t-il à l’analyse?
Renaud Bourlès et Gilbert Cette, ont publié en juin 2006 une étude consacrée à l’évolution de la productivité des principaux pays industrialisés relativement à celle des Etats-Unis. Leur démarche consiste à neutraliser l’impact des différences de comportement d’emploi sur les rendements horaires. Par exemple, dans le cas de la France, ils estiment la productivité horaire qui serait la notre avec un taux d’emploi et une durée du travail identiques à ceux des Etats-Unis.
- La France conserve une avance confortable (de l’ordre de 17% de productivité horaire supplémentaire) par rapport à ses principaux partenaires commerciaux de la zone euro.
-Depuis 10 ans, on peut regretter la dégradation de la productivité française par rapport aux Etats-Unis mais cela ne prouve pas qu’il faut travailler plus puisque les chiffres sont obtenus justement dans la situation fictive où nous adopterions les normes américaines de mobilisation de la main d’oeuvre. Dans le meilleur des cas, travailler plus ne changerait rien.
On le voit, s’il faut chercher un point de croissance ce n’est pas par la “sudation” (travailler plus) mais plutôt par “l’inspiration” (travailler mieux) Or c’est l’inverse que fait ce Gouvernement qui s’échine à réduire les subventions publiques à la formation du capital humain (réduction du nombre d’enseignants, diminution de l’impôt sur le revenu…)
Pour mettre des mots sur cette allergie gouvernementale vis-à-vis des lois Aubry, avançons une hypothèse “culturelle”: En 1998, appliquer les 35 heures revenait à prendre pour référence les horaires pratiqués dans le secteur tertiaire non marchand par des fonctionnaires le plus souvent de sexe féminin. Un véritable affront à l’imaginaire libéral-conservateur.
