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Jacques et Michel: L’eldorado chinois



Monsieur l’historien Marseille ne fait pas partie de la commission Stiglitz chargée par son Président préféré de construire les nouveaux indicateurs de croissance qui intègreront  la qualité de la vie et le bilan environnemental des activités humaines ( durée des loisirs, état de santé, pollution, inégalités etc…)

On peut le vérifier en lisant   sa  dernière chronique subtilement intitulée  Considérons l’essor de la Chine comme une chance, pas comme une menace dans laquelle il galvanise le moral des investisseurs qui désirent participer à la prospérité chinoise. 

Après avoir loué  la Chine pour s’être ralliée au “pragmatisme“ néolibéral de Margareth Thatcher et Ronald Reagan,  il annonce des statistiques éclatantes : “La Chine est devenue la troisième puissance mondiale….le revenu disponible moyen pour ces membres de la classe moyenne, calculé en parité de pouvoir d’achat n’est pas très éloigné de celui des Français de …1968 ” Emporté par son élan, il compte parmi les classes moyennes les “400 millions de personnes” qui sont sorties de la pauvreté, soit un tiers de la population.




Et bien allons un peu à la mine des statistiques. Elles nous montrent que l’essor chinois est réel mais qu’il est à relativiser.

-Le produit intérieur chinois (PIB)  officiel  est surévalué de 40% .
 En effet, Les calculs effectués jusqu’ici par Banque Mondiale  ont minoré le coût de la vie dans ce pays et donnent une vue trop optimiste du pouvoir d’achat de ses habitants. Et pour cause, les dernières enquêtes de prix remontaient aux années 80. 

Aux alentours de 4000 dollars par habitant (et non pas 6600, chiffres 2005), le PIB moyen  chinois représente 10% du PIB américain.

-Les classes moyennes regroupent 100 millions de personnes , si l’on considère comme telles les personnes  qui ont suffisamment d’épargne pour faire face aux ”trois montagnes ” (études des enfants, accès au logement, frais de santé) et dont le revenu résiduel permet d’accéder aux biens d’équipement. Elles ne sont majoritaires que dans les zones côtières.

-300 millions de chinois vivent dans l’extrême pauvreté (et  non pas 100 millions selon les chiffres officiels…)

En trente ans, le taux de pauvreté (% d’habitants vivant dans cette situation) n’a quasiment pas diminué: 25% en 1978, 23,5% en 2008.

La concentration des revenus est telle que la Chine deviendra prochainement le premier marché pour les biens de  luxe. Cela peut certainement suffire au bonheur de nombreuses entreprises françaises et au lectorat de Mr Marseille. Mais qu’en pensent les Chinois?

D’après une enquête de l’ONU, rapportée par  Mary Françoise Renard (in “Inégalités et soutenabilité de la croissance chinoise“) 90% des Chinois estiment que les inégalités sont trop importantes…et sous la pression de la population ( émeutes contre la corruption ou les bas salaires)  les autorités affichent désormais leur volonté de les réduire.
Lorsque les Chinois connaîtront à leur tour leur “Mai 68″ et revendiqueront des conditions de vies plus décentes, nous scruterons la réaction de Mr Marseille.