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Le Président du ressentiment


 


Comment Nicolas Sarkozy a-t-il pu devenir Président? 

Selon Alexis de Tocqueville, nos société démocratiques sont animées par une “passion de l’égalité”. Cette tendance psychologique est source de progrès social mais aussi d’un mécontentement chronique. L’individu démocratique  n’éprouverait, selon lui,  que ressentiment à la vue du moindre privilège qu’il ne possède pas et mépris envers ceux qui se situent  en dessous de lui dans la hiérarchie sociale. C’est le “Narcissisme des petites différences” dont parlait le  docteur Freud…

Il nous semble que ce sentiment est l’origine de la  victoire de Nicolas Sarkozy et que  ce sont les “smicards” qui ont, en particulier,  fait les frais de cette attitude. 

Ce retournement étonnant de la colère des Français contre les plus défavorisés nous fait penser à un “Mai 68 à l’envers”.  En effet, les Français gardent un souvenir positif des  accords de Grenelle qui conclurent Mai 68. La mesure la plus symbolique fut la forte hausse du smic qui stagnait jusque là.  Cette mesure était attendue : en  1968 le smic ne représentait que 42% du salaire médian, contre 56% en 1956. Les accords de Grenelle furent accueillis comme la réparation d’une injustice par une majorité d’ ouvriers et d’employés.

Changement complet de décor depuis 15 ans. Les salaires progressent très faiblement et  beaucoup de salariés sont rattrapés par le smic voire  basculent dans cette catégorie.  Pire, les 35 heures  amplifient le phénomène de sorte que le salaire minimum  atteint 67% du salaire médian en 2006.  Trop poche du salaire du plus grand nombre, le smic devient  un repoussoir.

Le ressentiment d’une partie des classes moyennes qui peine à se démarquer du smic donne la victoire à Sarkozy qui propose une réduction d’impôts ciblée sur cette population,  remet en cause la générosité des aides sociales, montre du doigt les “privilèges” d’autres salariés fonctionnaires…

Mais depuis sa victoire, Nicolas Sarkozy ne s’est-il pas pris à son propre jeu? 

Va pour les vacances en yacht…mais lorsqu’ il a converti son traitement présidentiel en salaire et s’est augmenté  la réaction de nombreux Français a été sévère.  Désacralisé, banalisé…salarié…le Président  n’est plus à l’abri  du ressentiment “démocratique” qui l’a porté au pouvoir.

Or Alexis de Tocqueville relate qu’aux Etats-Unis (années 1830)  où “même le Président travaille pour un salaire” sa  rémunération ainsi que celle des hauts fonctionnaires est fixée à l’avance et relativement modeste. Plus les gouvernants se rapprochent du peuple plus ils doivent respecter les normes égalitaires. Tocqueville avait une expression pour qualifier la réintroduction de comportements aristocratiques dans une société égalitaire : un monstre dans l’état social. Nous ne nous risquerons pas à qualifier ainsi notre Président puisqu’il semble s’être amendé.

5 juillet 2008 - 2 commentaires
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